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Comprendre les traumas : quand l’âme encaisse ce que le corps n’a pas pu fuir

Femme ayant véccu un traumatisme
Comprendre les traumas : quand l’âme encaisse ce que le corps n’a pas pu fuir

Le mot "trauma" vient du grec "trauma" qui signifie blessure. En psychologie, un trauma n’est pas une blessure physique visible, mais une blessure psychique, parfois silencieuse, souvent profonde.


Un traumatisme survient quand une personne est confrontée à un événement ou une série d’événements qui dépassent ses capacités d’adaptation. C’est comme si, à un moment donné, le cerveau disait : "Je ne peux pas traiter ça. C’est trop pour moi." Alors, il fige. Il range ça quelque part, parfois très loin dans les tiroirs de la mémoire. Mais ce n’est pas digéré. Ce n’est pas intégré. Et ça continue de faire mal, parfois des années plus tard.


Important : le trauma n’est pas dans l’événement lui-même, mais dans la façon dont le système nerveux l’a vécu. Deux personnes peuvent vivre la même situation, l’une en sortira indemne, l’autre traumatisée.


  1. Les différents natures de traumas


Dans l’imaginaire collectif, le trauma est souvent associé à des scènes violentes : un accident, un viol, une guerre. Pourtant, la réalité est bien plus subtile, plus étendue, plus silencieuse parfois.

Le livre Les psychotraumatismes de Gwénaëlle Persiaux et Yoanna Miccoud* propose une lecture plus fine, plus juste : il ne suffit pas qu’un événement soit objectivement “grave” pour créer un trauma, ni qu’il soit visible pour être invalidant. Ce qui compte, c’est l’effet subjectif, la répétition, et le contexte dans lequel l’événement est vécu.


Il existe deux grandes catégories de traumas : de commission et d’omission


Les traumas de commission


Ce sont ceux où il y a eu un acte, une intrusion, une violence, une action trop forte, trop brutale, impossible à intégrer. Exemples :

  • Agression physique ou sexuelle

  • Violences verbales répétées

  • Maltraitance

  • Harcèlement

  • Guerre, attentats

Le système nerveux est submergé par trop de stimulation. C'est la sidération, l'effondrement, la confusion totale.


Les traumas d’omission


Ceux-là sont moins visibles, mais tout aussi ravageurs. Il s’agit de ce qui aurait dû être là... et ne l’a pas été :

  • Absence de regard aimant

  • Négligence affective ou physique

  • Non-réponse aux besoins émotionnels

  • Froid maternel ou parental

  • Isolement prolongé

Isi, le système nerveux s'organise autour d'un manque, d'un vide. Ces traumas sont souvent refoulés, minimisés, mais génèrent un mal-être diffus, une insécurité de fond, un sentiment d'inexistence.


  1. Les types de traumas : un éventail plus large qu’on ne le pense


Les autrices distinguent plusieurs types de traumatismes, selon leur origine, leur durée et leur impact sur le développement psychique.


Le trauma simple


Un événement unique, brutal, souvent extérieur à l’environnement familial :

  • Accident

  • Agression isolée

  • Catastrophe naturelle

Le souvenir reste vif, parfois intrusif, et peut déclencher des troubles de stress post-traumatique (TSPT), même si la personne allait “bien” avant l’événement.


Le trauma complexe


Ici, il ne s’agit pas d’un événement, mais d’une accumulation de microtraumatismes, souvent au sein de la sphère relationnelle :

  • Violences répétées dans l’enfance

  • Humiliations constantes

  • Parent instable, imprévisible ou manipulateur

Ce type de trauma désorganise profondément le développement de la personnalité, notamment l’estime de soi, les capacités de lien, la régulation émotionnelle.


Le trauma développemental


Ce sont les blessures précoces qui affectent la construction de la sécurité intérieure :

  • Enfant non sécurisé

  • Absence de lien d’attachement stable

  • Environnement incohérent émotionnellement

Cela engendre des troubles d’attachement, une fragilité identitaire, une peur constante de l’abandon ou de l’intrusion.


Le trauma transgénérationnel


Certains traumas ne viennent pas de notre propre vie, mais sont hérités de l’histoire familiale. On porte en soi des blessures qui n’ont pas été dites, reconnues ou traitées :

  • Famille marquée par la guerre, la déportation, la honte

  • Secrets lourds (inceste, suicides, faillites, exils)

  • Répétitions de schémas destructeurs

Ces traumas agissent comme des fantômes psychiques. Ils influencent nos choix, nos émotions, notre rapport au monde, sans que l’on comprenne toujours pourquoi.


Le trauma vicarant


On parle ici de trauma par exposition indirecte. Il touche notamment :

  • Les professionnels de santé, de justice ou de l’aide sociale

  • Les thérapeutes, bénévoles, éducateurs

  • Les proches de personnes traumatisées

À force d’écouter, de voir, de porter la souffrance des autres, le corps finit par intégrer un stress qui n’était pas le sien. Cela peut générer fatigue chronique, cynisme, détachement émotionnel, voire épuisement traumatique.


Le stress chronique


Ce n’est pas un événement traumatique isolé, mais une exposition prolongée à un environnement insécure :

  • Climat familial toxique

  • Harcèlement latent au travail

  • Vie dans la peur ou l’angoisse constante

  • Précarité extrême

Le système nerveux est en alerte permanente. Il ne s'effondre pas brutalement, mais s'use lentement, laissant place à des troubles anxieux, de l’irritabilité, des troubles du sommeil, une perte de vitalité.


Les traumas liés aux procédures médicales


Ils sont encore trop peu reconnus, pourtant ils laissent des marques profondes :

  • Opérations subies sans consentement (chez les enfants notamment)

  • Examens intrusifs (gynécologiques, digestifs, etc.)

  • Diagnostiques brutaux, sans accompagnement

  • Traitements douloureux, froids, impersonnels

Le corps peut se sentir trahi, maltraité, envahi, surtout si la personne n’a pas pu exprimer ses peurs ni être accompagnée dans ses ressentis.


Les environnements de vie adverses


Ce sont des contextes globaux où l’enfant (ou l’adulte) grandit dans une insécurité permanente, même sans violence directe :

  • Quartier dangereux

  • Migration forcée

  • Vie avec un parent alcoolique ou instable

  • Famille dans laquelle les émotions sont taboues ou ridiculisées

Ces environnements génèrent un stress de fond, une hypervigilance, et une difficulté à faire confiance au monde extérieur, aux autres, à soi.


  1. Les mécanismes du cerveau lors d'un trauma


Le cerveau humain est une machine incroyable de survie, mais parfois, il se dérègle pour nous protéger.


Voici ce qui se passe, de façon simplifiée :


  1. L’amygdale tire la sonnette d’alarme


C’est la zone du cerveau qui gère les émotions, notamment la peur. En cas de danger, elle s’active : "Alerte rouge !" Elle signale une menace.


  1. L’hypothalamus et le système nerveux autonome prennent le relais


C’est le système de survie : fuite, combat ou figement. Si la personne peut fuir ou se défendre, elle le fait. Sinon… elle fige. Et parfois, ce figement reste gravé.


  1. L’hippocampe (la mémoire) bug


L’hippocampe sert à ranger les souvenirs de façon logique dans le temps. Sous stress extrême, il est dépassé. Résultat : les souvenirs traumatiques ne sont pas archivés correctement. Ils peuvent revenir de façon intrusive (flashbacks, cauchemars), comme si l’événement se rejouait encore et encore.


  1. Le cortex préfrontal (la pensée rationnelle) se déconnecte


C’est la zone du raisonnement. En cas de trauma, elle est souvent déconnectée : on ne peut pas réfléchir ou relativiser. C’est le corps qui prend le dessus.


Fuite, combat ou figement


Quand un être humain est confronté à un danger, son corps ne réfléchit pas : il réagit. C’est le système nerveux autonome qui prend le contrôle. Il existe trois réponses principales au stress intense, qu’on retrouve aussi bien chez les animaux que chez nous :

  • La fuite : tenter d’échapper au danger physiquement ou psychiquement.

  • Le combat : réagir par l’opposition, l’agitation, voire l’agressivité.

  • Le figement : se couper, se dissocier, se pétrifier, comme un dernier recours quand rien d’autre n’est possible.


Le figement est la réponse la moins connue, mais aussi la plus fréquente dans les traumatismes. La personne peut sembler calme de l’extérieur, alors qu’intérieurement, elle est sidérée, déconnectée de ses sensations, en mode survie.


  1. La mémoire traumatique : un souvenir figé dans le temps


Contrairement à un souvenir ordinaire, qui s’archive peu à peu, s’éloigne émotionnellement et s’intègre dans la mémoire, le souvenir traumatique reste figé, chargé, et toujours actif. C’est ce qu’on appelle la mémoire traumatique : une trace émotionnelle non digérée, toujours prête à ressurgir.


Au moment du choc, le cerveau ne parvient pas à traiter l’information de manière habituelle. Le cortex préfrontal, chargé de la pensée logique, se désactive ; l’hippocampe, qui organise les souvenirs dans le temps, perd ses repères ; et l’amygdale, en charge de la détection des dangers, reste en alerte maximale. Résultat : l’événement ne s’intègre pas dans le passé. Il reste "en boucle", prêt à revenir sous forme de flashs, de cauchemars, de réactions corporelles ou d’angoisses incontrôlées. Le traumatisme fige le temps : le corps croit que c’est encore maintenant.


Avec le temps, un trauma ne disparaît pas. Il se transforme, se dissimule, et s’incruste dans les mécanismes de défense. Les premiers jours, les signes sont souvent clairs : anxiété, insomnies, agitation. Puis le système nerveux se referme et déploie des stratégies d’adaptation pour tenir debout.


Certaines personnes continueront à vivre "normalement", avec une apparente résilience. Mais il suffit d’un événement déclencheur (parfois insignifiant) pour réveiller la douleur enfouie : une scène de film, une odeur, une séparation. Ce qui n’a pas été traité refait surface, souvent sans prévenir.


Plus le traumatisme est ancien, plus il a tendance à être minimisé ou banalisé : “c’est du passé”, “je suis forte, je suis passée à autre chose.” Pourtant, il continue d’influencer les réactions, les relations, les décisions. On ne guérit pas en oubliant, mais en intégrant ce qui a été vécu, dans un espace de sécurité, d’écoute et de sens.


  1. Les impacts du trauma dans la vie quotidienne


Un trauma non traité n’est pas “derrière soi”. Il se manifeste dans la manière d’aimer, de penser, de travailler, de respirer. Il agit comme un filtre invisible sur la vie.


Les impacts peuvent être nombreux :

  • Relationnels : peur de l’abandon, jalousie, isolement, dépendance affective.

  • Émotionnels : anxiété chronique, colère explosive, tristesse profonde, sensation de vide.

  • Physiques : douleurs chroniques, troubles digestifs, fatigue inexpliquée, tensions.

  • Comportementaux : addictions, suradaptation, évitement, besoin de contrôle.


Certaines personnes deviennent hyper compétentes pour ne pas ressentir. D’autres fuient dans l’agitation, le travail, ou au contraire dans le repli. Mais toutes cherchent, à leur manière, à survivre à quelque chose qui n’a pas été digéré. Comprendre ces impacts, c’est déjà ouvrir une porte vers la guérison.


Femme qui se sent seule
  1. Les effets des traumas au quotidien


Un trauma non traité peut impacter toute une vie. Voici quelques symptômes fréquents (mais non exhaustifs) :

  • Hypervigilance (toujours en alerte)

  • Anxiété, crises d’angoisse

  • Troubles du sommeil

  • Dissociation (impression d’être “à côté de soi”)

  • Troubles alimentaires

  • Troubles de l’attachement (peur de l’abandon, dépendance affective)

  • Sentiment de vide ou d’impuissance

  • Culpabilité excessive

  • Dévalorisation chronique

Certains deviennent "forts", "indépendants", "hyperperformants". Mais sous cette carapace, il y a parfois un enfant blessé qui n’a pas été entendu.

  1. Bonne nouvelle : on peut guérir


Même si les traumas marquent, la guérison est possible. Il existe aujourd’hui de nombreuses approches thérapeutiques qui permettent de traiter, libérer ou intégrer les traumas. L’essentiel, c’est de trouver ce qui vous convient.


Voici quelques pistes :


La thérapie par la parole


  • Thérapie** cognitivo-comportementale (TCC) : aide à identifier et reprogrammer les pensées liées au trauma.

  • Thérapie analytique : explore l’origine du mal-être dans le passé.

  • Thérapies humanistes : centrées sur l’émotion, la reconstruction de soi.


Les approches corporelles et émotionnelles


Le trauma est dans le corps, pas seulement dans la tête. D’où l’importance de thérapies psychocorporelles :

  • Somatic Experiencing (Peter Levine)

  • Méthode Feldenkrais, danse thérapie, yoga du trauma

  • Méditation pleine conscience pour réancrer le présent

  • Thérapies par le souffle (respiration consciente)


Les approches neuro-émotionnelles


  • EMDR (désensibilisation par mouvements oculaires) : très efficace sur les traumas choc.

  • IFS (Internal Family System) : méthode douce qui explore les différentes parties de soi.

  • Brainspotting : accès direct à la mémoire traumatique par le regard.

  • Hypnose thérapeutique : pour retravailler des souvenirs bloqués.


Les thérapies créatives et symboliques


  • Art-thérapie, photothérapie, écriture intuitive, jeu de rôle

  • Constellations familiales : pour travailler sur les traumas transgénérationnels

  • Rituels symboliques : libérateurs pour refermer une étape


Les accompagnements alternatifs



La guérison d’un trauma n’est ni linéaire, ni rapide. Il y a des hauts, des bas, des résistances, des larmes, des éclaircies. Mais chaque prise de conscience est un pas. Le plus important, c’est d’y aller à votre rythme, avec douceur, bienveillance et soutien. Il n’y a pas de honte à avoir été blessé. Il n’y a pas de faiblesse dans le fait de demander de l’aide. Au contraire. C’est un acte de courage immense.



Le trauma n’est pas une faiblesse. C’est une blessure de survie. Ce que vous avez vécu n’est pas votre faute. Et il est possible d’apprendre à vivre autrement, sans que cette blessure dicte votre vie.

Si vous vous sentez concernée, si certaines phrases résonnent, sachez que vous n’êtes pas seule. Il existe des outils, des espaces, des personnes pour vous accompagner. Et parfois, une rencontre, une parole ou une image peut tout changer.


*Lire "Les psycho-Traumatisme" Comprendre les mécaniques et les impacts du trauma pour se libérer du poids du passé de Gnénaëlle PERSIAUD et Yoanna MICOUD

** ATTENTION : Le mot thérapie (contrairement au mot Thérapeutique") est réglementé en France.

 Le mot "thérapie" est protégé

Le terme "thérapie" implique, dans un contexte légal, une intention de soin psychique ou physique, ce qui peut entraîner une requalification en exercice illégal de la médecine ou de la psychothérapie, si on n’a pas les titres requis.

  • En France, le mot "psychothérapie" est réglementé depuis 2010 : il ne peut être utilisé que par des professionnels inscrits sur le registre de l’ARS (souvent médecins, psychologues ou psychiatres formés spécifiquement).

  • L’utilisation du mot "thérapie" peut donc poser problème si vous n’êtes ni médecin, ni psychologue, ni psychothérapeute agréé, surtout si vous ne précisez pas clairement votre statut et vos limites.

Le mot "thérapeutique" est plus large et moins encadré

Le terme "thérapeutique" est moins risqué légalement, car il décrit une intention de bien-être ou d'accompagnement, sans nécessairement revendiquer un soin médical ou psychologique au sens strict.

On peut donc trouver des professionnels non reconnus pour pratiquer :

  • "Une approche thérapeutique"

  • "Un accompagnement à visée thérapeutique"

  • "Une démarche de soutien thérapeutique"

Tant que les professionnels non reconnu par un diplome d'état n'utilisent pas le mot "soigner", ne posent pas de diagnostic, et restent dans un cadre d’accompagnement (comme les psycho-praticiens, coachs, sophrologues, etc.), ils restent dans la légalité à condition de bien expliciter leur posture et leurs limites.

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